Message à la jeunesse haïtienne : « Je vous vois, je vous comprends »
Port-au-Prince, 26 décembre 2025— Dans un message empreint d’émotion et de gravité, le pasteur Julio Volcy s’adresse à la jeunesse haïtienne en cette fin d’année 2025. Il rend hommage à sa résilience, dénonce les responsabilités politiques dans la crise actuelle et appelle les jeunes à rester porteurs d’espoir et de transformation pour l’avenir du pays.
Jeunesse haïtienne,
Je m’adresse à vous aujourd’hui avec une profonde émotion. Si je vous écris en cette fin d’année, ce n’est pas par convenance, mais par devoir moral et responsabilité citoyenne. Car parmi toutes les composantes de notre société, vous êtes ceux qui, contre vents et marées, avez tout fait pour qu’Haïti continue d’exister.
Vous n’êtes pas ceux qui dirigent aujourd’hui le pays. Vous n’êtes pas ceux qui détiennent les richesses de la nation. Vous êtes, au contraire, les enfants de la vie dure, issus des couches les plus éprouvées de notre société. Et Dieu sait à quel point la vie vous est devenue difficile, au point que même la classe moyenne s’est presque effondrée.
Je vous observe. Je vous vois à travers les réseaux sociaux. Vous êtes les influenceurs, les chroniqueurs. Vous êtes dans mon église, dans ma communauté. Vous êtes catholiques, protestants, vodouisants, ou parfois sans aucune croyance religieuse…
Mais vous êtes l’âme vivante de la nation haïtienne.
Jeunesse de mon pays, vous êtes ces footballeurs qui nous ont permis de respirer la fierté d’une qualification spectaculaire le 18 novembre dernier, pendant que les dirigeants nous plongeaient dans la honte. Vous êtes nos chanteurs qui représentent Haïti à travers le monde, nos rappeurs, nos artistes de génie. Vous êtes ces femmes talentueuses et courageuses. Soyez fiers de vous. Fiers de continuer à croire en une nouvelle Haïti.
Vous êtes ces jeunes dans les camps de déplacés, chez un ami, un parent ou même un étranger ; vous avez été contraints de fuir vos maisons à cause de la violence. Vous êtes ceux qui ont perdu une mère, un père, une sœur, un frère, un proche, souvent l’unique espoir d’une famille entière, au cours de cette année. Vous êtes ces générations qui n’ont pas connu la paix depuis plus de vingt ans.
Vous avez été chassés de votre propre terre. Vous êtes ces générations de la diaspora au Chili, au Brésil, au Mexique, aux États-Unis, au Canada. Combien d’entre vous ont été tués, violés, humiliés, maltraités en traversant frontière après frontière à la recherche d’une vie meilleure ? J’imagine, avec un cœur lourd, vos larmes, vos souffrances et vos traumatismes. Aujourd’hui encore, beaucoup d’entre vous vivent dans le stress et l’incertitude face aux nouvelles politiques migratoires. Mais malgré tout, vous continuez à croire en la vie. Vous êtes l’expression pure de la résilience, une force digne de 1804.
Vous avez subi tellement de déceptions. Et pourtant, malgré tout, vous continuez à rêver. Vous êtes ces motocyclistes courageux, ces marchands ambulants qui ne demandent qu’une chose : un minimum, sans exiger de l’État autre chose que le droit de vivre dignement.
Vous êtes aussi — et je le dis avec douleur — la chair à canon d’un système politique irresponsable. Utilisés, manipulés, sacrifiés par des politiciens soucieux uniquement de préserver leur pouvoir et leur confort. Vous êtes ces jeunes armés, désespérés, poussés dans la violence par la négligence, l’incompétence et le manque de courage de nos dirigeants.
Je vous vois et je vous comprends !
Sans vous ordonner quoi que ce soit, je vous dis ceci : il n’est jamais trop tard pour déposer les armes. Car au fond de vous vit encore un bon Haïtien, un fils, une fille de Toussaint Louverture, de Jean-Jacques Dessalines, d’Henri Christophe et de tous ceux qui nous ont légué avec fierté la terre d’Haïti. Nous le savons tous : l’Haïtien n’est pas méchant.
Certains vous critiquent. Mais que diraient-ils s’ils avaient hérité, comme vous, d’un pays sans Champ de Mars, sans Place du Bicentenaire, sans vacances en province, sans cinéma, sans bibliothèques, bref, sans aucun loisir ? Un pays où l’avenir est devenu presque invisible.
Le changement naît du peuple et de ses choix. Les dirigeants du passé ont gaspillé le destin de vos parents. À vous désormais de faire la différence. Aujourd’hui, vous portez la responsabilité historique de tout transformer et de bâtir un pays où il fait enfin bon vivre, pour tous et sans exception.
Du fond du cœur, je veux vous dire ceci :
Je vous vois, je vous comprends et surtout, j’ai beaucoup d’espoir en vous ! Bonne année 2026.
Et surtout : Tchémbe red, pa moli !
Pasteur Julio Volcy
